Un petit partage?

mardi 8 janvier 2013

Immigration et intégration: un problème conjoncturel ?

8 commentaires :
 
Hejsan,

Dans l'imaginaire occidental, les suédois sont très souvent présentés comme des grands gaillards blonds aux yeux bleus, se promenant l'été au bord des lacs et pratiquant le ski l'hiver. Je ne parlerais même pas des suédoises, tellement les clichés vont bon train. Mais si il existe bien des suédois de la sorte, la réalité est aujourd'hui différente et il existe aussi des suédois qui changent leurs habitudes alimentaires au début du ramadan et qui prient plusieurs fois par jour. Car oui, même si on en parle très peu chez nous en France, la Suède est aujourd'hui très multiculturelle et plus de 20% de sa population est née dans un autre pays. Ce sujet de l'immigration est compliqué et il est parfois facile de tomber dans les clichés. Pour essayer d'y voir plus clair, voici quelques éléments centraux du système d'immigration suédois. 


Historiquement, la Suède a toujours été un pays ouvert et accueillant. L'immigration n'a en fait jamais cessé depuis l'époque des Vikings. Les allemands furent les premiers à venir en nombre au temps de la ligue hanséatique. Ce fut ensuite au tour des finlandais et des wallons d'arriver pour travailler dans la ferronnerie ou dans le bois. Après 1850, plusieurs dizaines de milliers de suédois tentèrent leur chance de l'autre côté de l'Atlantique, mais les résultats n'étaient pas toujours fructueux. Durant la 1ère Guerre Mondiale, la Suède était neutre et tenta de limiter l'immigration. La Seconde Guerre Mondiale fut elle une période plus compliquée. De nombreux enfants finlandais (krigsbarnen), 70 000 environ, vinrent vivre dans des familles suédoises pour échapper au conflit. De nombreux migrants de Norvège, d'Allemagne (Bertolt Brecht, Willy Brandt) mais aussi des pays baltes vinrent eux aussi en Suède pour fuir la guerre. La Suède accepta par la suite de nombreux réfugiés provenant  notamment des camps de concentration.

Des enfants finlandais amenés en Suède durant la guerre

Durant les années 1950 et 1960, la Suède a eu besoin d'une main d'oeuvre en nombre et bon marché, l'immigration était alors fortement encouragée et la plupart des migrants venait d'Autriche, d'Allemagne, des Pays-Bas mais aussi de Turquie et de Grèce. C'est aussi à cette époque que fut crée le Conseil Nordique, mettant en place la libre circulation des travailleurs en Scandinavie. Durant les années 1970 et 1980, la Suède accueillit beaucoup d'immigrés provenant du Chili, d'Hongrie, d'Afrique du Sud, d'ex-Yougoslavie ou encore d'Irak pour des raisons humanitaires. De nos jours, de nombreux immigrés proviennent des pays nordiques, de Pologne, d'Iran, d'Irak, de Syrie ou de Somalie, mais la politique en matière d'immigration est différente du fait d'une croissance en berne et d'un nombre de demandeurs d'asile en forte hausse. A noter aussi que le regroupement familial est la plus grande source d'immigration à l'heure d'aujourd'hui. .

Traditionnellement, la Suède a souvent souhaité partager ses richesses et accueillir beaucoup de monde, afin d'aider ceux dans le besoin, tout en espérant une intégration facile. Mais au fil du temps, cela devint de plus en plus compliqué, notamment depuis les années 1990 et le ralentissement de la croissance. Comme un peu partout en Europe, il existe donc des problèmes importants pour les migrants: chômage, méconnaissance de la langue et ségrégation sont les maux les plus fréquents. Il existe aussi certains quartiers difficiles en Suède, avec une population immigrante majoritaire, chose peut être difficile à imaginer pour nous en France. De plus, la présence de personnes du monde entier remet en question l'identité suédoise et son modèle. Cela peut notamment créer des tensions au sein de la société, notamment du fait d'un parti d'extrême droite qui n'hésite pas à souffler sur les braises, tout en profitant de cela pour gagner des voix.

Des manifestants contre la poussée de l'extrême droite

Ainsi, pour faire face aux problèmes évoqués auparavant, le gouvernement a modifié sa politique migratoire et sa politique d'intégration. Au niveau de l'immigration, le gouvernement souhaite protéger le droit d'asile international, continuer à rendre possible l'immigration et l'émigration en Suède, supporter l'immigration de travail et harmoniser sa politique nationale avec l'Union Européenne aussi vite que cela est envisageable. Concernant une éventuelle naturalisation, il faut avoir vécu depuis 5 ans sur le territoire suédois et faire une demande de formulaire qui coûte environ 150 euros. Au niveau de l'intégration, le gouvernement souhaite un taux de chômage plus faible, une insertion plus facile dans le monde du travail avec la présence de plus d'entrepreneurs, des meilleurs résultats à l'école, une meilleure connaissance du suédois, tout cela en luttant aussi contre les discriminations et la ségrégation. 

Bien heureusement, certaines études appellent à l'optimisme. Ainsi, certains experts pensent que la Suède aura bientôt besoin de main d'oeuvre étrangère, du fait d'une population active vieillissante et à remplacer à moyen terme. Mais pas certain que cela suffise... 

A bientôt, 

Léon 

8 commentaires :

  1. En Suède depuis pas mal d'années, je constate qu'il y a bien eu des évolutions de la politique migratoire mais la politique d'intégration est malheureusement restée quasi inéxistante. C'est même devenu une controverse de s'attendre à ce qu'un immigré en Suède s'intègre. Une personne souhaitant obtenir la nationalité suédoise n'a absolument pas besoin de parler le suédois (officiel en Suède depuis le 1er juillet 2009). Les discussions sont vives quand la question de la langue pour la naturalisation est débatue. Des communautés non-suédophones se sont formées en Suède, le besoin de la langue suédoise est diminué dans certains endroits. Je suis d'un naturel optimiste mais j'écris ces lignes pour partager mon inquiétude sur l'avenir du suédois en Suède. La langue suédoise paraît paradoxalement mieux protégée en Finlande - où elle y trouve un certain nombre d'opposants [...] - qu'en Suède. Liv

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  2. Commentaire très intéressant. Et c'est d'autant plus vrai que vous habitez en Suède depuis un moment et que vous voyiez les choses de l'intérieur. C'est vrai que certaines personnes ne parlent pas suédois en Suède et cela peut être un problème de taille à l'avenir pour la sauvegarde de la langue, mais je crois que la politique linguistique suédoise en est bien consciente. Et je crois que cela est le cas de nos jours dans beaucoup de pays européens(France, Allemagne), donc j'ai envie de penser que cela n'est pas si alarmant que ça..

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    1. En effet, ce n'est pas si alarmant que ça, mais en comparant avec mon pays, la France, devenir citoyen français implique une connaissance minimale de la langue. Le niveau de français requis aujourd'hui pour une personne souhaitant être naturalisée française est le niveau B1, gage d'autonomie pour être indépendant dans le nouveau pays de ce nouveau Français (décret n° 2011-1265 du 11 octobre 2011avec entrée en vigueur au 1er janvier 2012). Naturellement, il y aura toujours des personnes sans connaissance du français mais étant Française par filiation, j'en ai rencontré quelques-uns, mais là, on ne parle pas de naturalisation car c'est du "plein droit".

      Je trouve simplement dommage que l'on ne puisse plus s'attendre à ce qu'un Suédois parle le suédois, en Suède. J'ai rencontré quelques dixaines de naturalisé(e)s Suédois(es) sans aucune connaissance du suédois, des gens très sympas mais on s'est parlé en anglais, en Suède. L'acquisition de la nationalité suédoise se fait sur dossier sans qu'aucun service de l'état suédois ne rencontre l'intéressé(e) candidat(e) à la naturalisation.

      Étant donné le taux de natalité en Suède est très faible (entre 1 et 1.1) et une croissance démographique dépendant surtout de l'immigration, je reste optimiste mais inquiète pour la langue suédoise. Que la croissance démographique soit supportée par l'immigration est un atout indéniable. Le préjudice provient de la politique sur la langue suédoise lors de la naturalisation et aussi la politique d'intégration défaillante qu'aucun politicien ne souhaite toucher, sauf les SD malheureusement. Liv

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  3. En me relisant, j'ai l'impression d'être très négative. La Suède est surtout un pays magnifique où il y fait bon vivre. Comme le montre la plupart des démocraties du monde, la paix et la qualité de vie sont proportionelles au nombre de non-croyants (athées, agnostiques) dans le pays. Selon différents sondages sociologiques, ce nombre est estimé entre 46 et 85%:
    -> www.pitzer.edu/academics/faculty/zuckerman/Ath-Chap-under-7000.pdf
    -> http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Atheists_Agnostics_Zuckerman_en.svg
    -> http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Irreligion_map.png
    Certe la Suède change mais elle reste un pays où l'on vieilli bien. Liv

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  4. Pour comparer la France et la Suède au niveau de l'immigration, pour moi le débat n'a même pas lieu d'être. La Suède, même si elle connait des problèmes grandissants à ce niveau s'en sort tout de même mieux qu'en France où les problèmes sont vraiment de taille et inquiétants. Pour en revenir au niveau de la langue, je comprend tout de même ce que vous voulez dire, je suis moi même avec beaucoup d'étudiants étrangers qui ne parlent pas un seul mot de suédois, c'est parfois un peu décevant de ne pas parler suédois autant qu'on le voudrait.. C'est aussi ça la mondialisation !

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  5. Je connaît bien la problématique de l'immigration en France, j'en ai était une professionnelle au service de l'état. J'ai vu cela de l'intérieur [...]. C'est sûr, l'immigration en France et en Suède ne sont pas du tout de même dimension et ont des caractéristiques très différentes mais malgré cela, la langue française est bien mieux protégée en France que ne l'est le suédois en Suède. Je suis pour la mondialisation mais mon souhait est de pouvoir continuer à parler (ou écrire) en français à un Français en France et en suédois à un Suédois en Suède (valable pour les autres pays naturellement). Les étudiants étrangers avec lesquelles vous souhaiteriez parler suédois sont-ils suédois? S'ils sont suédois mais ne peuvent parler suédois, vous voyez alors de quoi je parle. S'il ne sont pas suédois, c'est tout autre chose. Imaginez-vous de rencontrer une personne naturalisée vous disant dans une langue autre que le suédois: "bonjour, je m'appelle X, je suis Suédoise et j'habite en Suède depuis 12 ans mais je ne parle pas le suédois... (vu et vécu plusieurs fois). Liv

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  6. Il est vrai que le français est une langue majorée et protégée par l'Etat, notamment en combattant certain anglicismes par exemple. Le suédois est historiquement plus récent et moins influent à l'international, c'est aussi peut être une des raisons de ce problème actuel. Mis à part tout ça, je respecte et comprend tout à fait votre point de vue et vous remercie pour cette échange plutôt intéressant :)

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  7. Que le français n'accepte beaucoup moins d'anglicisme que le suédois est une bonne chose. Les anglicismes arrivés dans la langue française sont toutefois bien plus nombreux que ceux introduit en islandais par exemple (politique sur la protection de la langue très différente en Islande...). Le suédois ayant moins d'influence que le français a adopté un nombre accru de mots étrangers, mais mon appréhension est ailleurs. Même avec des nouveaux mots, je pense plus au fait qu'il ne soit pas parlé pas tous les suédois en Suède, et ce, avec la politique d'intégration en cause. Pour les âges des langues, c'est une autre perspective. Le suédois est une langue provenant du norrois (5ème siècle après JC). Le français est une évolution des langues romanes en langue d'oïl (9ème siècle après JC). La langue française est une vieille langue mais il faut relativiser car elle n'est pas multi-millénaire comme les langues fenniques par exemple. De plus, il est difficile de savoir quels âges sont le français et le suédois que l'on serait apte à comprendre aujourd'hui. Avec l'exemple de l'islandais ou du finnois, on voit que ce n'est pas uniquement le nombre de locuteurs, la taille du pays ou l'influence à l'étranger qui participe à la protection de la langue mais bel et bien les règles et la politique la concernant. Liv

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