Un petit partage?

lundi 18 mars 2013

Interview de mars - Sophie "Au Sud du Pôle Nord"

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Hej alla, 

Au tour de Sophie de répondre à mes questions pour cette nouvelle interview. Elle nous raconte ses périples en Scandinavie, en Islande et en Europe de l'Est, et nous parle aussi pour l'une des premières fois de son nouveau projet arctique. Surprise ! 

Bonjour Sophie, quel type de voyageuse es-tu ? 

Une voyageuse qui aime prendre son temps ! J'aime la montagne et la mer, je voyage seule, je ne prévois pas grand-chose. J'aime bien changer d'avis, laisser les choses arriver. Je suis du genre à me projeter dans chaque pays. A chaque fois j'essaye d'imaginer quel travail je pourrais faire sur place. Niveau hébergement, je suis plutôt Couchsurfing et auberges de jeunesse. Et camping pour la première fois en Islande l'an dernier.

Quels sont tes objets indispensables pour voyager?

Objets: un appareil photo et un paquet de nougats (je suis originaire de Montélimar) pour offrir aux gens que je rencontre et "briser la glace"... En Russie et en Estonie, ça avait fait fureur !

Tu dis avoir pris l'avion pour la première fois à 27 ans, comment expliques-tu cela ? 

J'ai pris l'avion à 27 ans tout simplement car je n'ai jamais voyagé avant ! L'envie de voir du (des) pays est arrivée plutôt "tardivement", quand une collègue m'a parlé de Couchsurfing. J'ai commencé par héberger, je voyageais par procuration depuis mon salon. J'ai reçu pour une ou deux nuits des "fous" (c'est-à-dire des gens normaux avec des projets dingues: Mulhouse-Népal en vélo, Israël-Suède-Portugal à pieds...). Ça m'a ouvert les yeux sur l'infini des possibilités. Quelques semaines après, je commençais à regarder les billets d'avion... 

Peux-tu nous expliquer ton intérêt pour les pays nordiques ? 

Ce n'est pas très original... Au départ, c'est un "hasard" plus qu'un rêve de gosse. J'ai choisi la Scandinavie comme première destination car j'étais flippée en tant que fille seule, et j'avais entendu dire que c'était des pays très sûrs. Je voulais de la solitude, me "prendre une claque", mais pas risquer ma vie ou me faire peur, rester pas trop loin de la civilisation. Donc c’est un choix avant tout pragmatique: pas loin, sûr, vols pas chers hors saison, des grands espaces, pas trop de touristes. Il y a eu tout d’abord un "départ avorté" à cause de mon passeport périmé...

Puis finalement, je suis partie en Norvège deux semaines fin novembre - début décembre, c'est à dire au tout début de la nuit polaire. Cette idée de "jour où il fait nuit" m'intriguait. Et là, je suis tombée littéralement amoureuse de la lumière, de la couleur si particulière, des gris et des bleus. Et des gens, aussi, de leur manière de vivre, des paysages. Et forcément, je me suis découverte une passion pour les aurores boréales. J'ai eu la chance d'en voir en Suède, en Norvège et en Islande. Des vertes, des rouges, je ne m'en lasse pas. 

Sophie et les aurores boréales 

Tu as beaucoup voyagé en Scandinavie et autour (Russie, pays baltes, Pologne) et tu sais que je m'intéresse beaucoup à l'interculturel. Peux-tu nous parler des différences (ou au contraire des proximités) culturelles entre ces différents pays ?

J'ai découvert à travers certains habitants les rapports qu'il existe entre la Suède, la Finlande et la Norvège. Les Finnois se sentent inférieurs aux Suédois (économiquement, sportivement). Les Norvégiens se sentent plus riches grâce au pétrole mais envient les Suédois pour leur richesse culturelle (notamment littéraire et musicale) et estiment leur histoire plus "pauvre". J'ai été très surprise de ça. Ces 3 pays sont néanmoins très proches, mais les relations Suédo-Finlandaises sont hyper intéressantes, historiquement parlant. J'ai eu l'occasion de me balader dans les Alands, qui sont officiellement rattachées à la Finlande, mais où le Suédois est la langue officielle. Que le finnois soit une option à l'école, je ne m'y attendais pas du tout ! J'aime bien le côté "rebelle" de la Finlande, avec sa langue qui ne ressemble à aucune autre, contrairement au norvégien ou au suédois, qui sont presque identiques, et très proches du Danois et même de l'Islandais.

Concernant l'Estonie et la Russie, j'ai adoré la première. Résolument tournée vers la modernité scandinave, avec des villes encore très (trop?) russes. J'avais appris quelques mots de russe avant de faire ce deuxième voyage, mais dès la sortie de l'aéroport, le chauffeur de taxi m'a dit de ne surtout pas utiliser le russe, que cela risquait de braquer mes interlocuteurs. C'était en 2011, pile 20 ans après l'indépendance retrouvée. Et je n'avais pas imaginé que ce passé soit encore aussi présent. J'avais aussi rencontré 3 autres voyageurs, la vingtaine. Un Allemand, un Russe et un Lituanien. Ils m'avaient demandé d'arbitrer un débat sur qui de Staline ou d'Hitler était le pire, chacun avec ses arguments. J'ai halluciné que la guerre soit encore présente dans les sujets de conversation de jeunes de ma génération. Tous avaient une anecdote sur ce qu'avait vécu leurs grand-parents, voire leurs parents...

Kassari, Estonie


Tu as notamment passé pas mal de temps en Norvège, où as-tu été et qu'en retiens-tu au niveau personnel ? 

La côte sud ouest (Bergen, Haugesund et Stavanger), la capitale "du sud" Oslo (capitale avec laquelle je n'ai pas trop "accrochée") et celle du Nord Tromsø  (ma ville préférée de Norvège aujourd'hui encore) ont été mes premières destinations, en 2010.  Un an et demi après, j'y suis retournée 3 semaines, j'ai "remonté" le pays par Trondheim, Bodo, Narvik, un détour par la Suède et enfin les Lofoten. Je rêve d'aller à Kirkenes, à la frontière russe. 


Niveau personnel, j'ai appris des choses sur moi, mais je pense que c’est le cas de tout voyageur solo qui se lance dans son premier voyage. Prendre du recul, relativiser. Moins m'énerver sur des problèmes qui n'en sont pas vraiment. Me faire plus confiance et aussi accepter de faire confiance à l'autre.


Plus particulièrement, j'ai ressenti une sérénité particulière, et une confiance dans la vie, aussi dure soit-elle. Les gens ne se plaignent pas. Leur accord avec la nature et le climat qui ne fait pas de cadeaux. Les gens vivent à la fois avec la mer et les montagnes, et considèrent qu'"il n'y a pas de mauvais temps, juste de mauvais vêtements". La nature ayant besoin de périodes très froides pour se "renouveler", ils respectent les saisons. C'est vraiment une autre mentalité.


A Tromsø, j'ai aussi appris plein de choses sur l'importance du nord de la Norvège pendant la Seconde guerre mondiale et la peur pendant la guerre froide, la vie des pêcheurs et des chasseurs de phoques. Et j'ai eu la chance de rencontrer des Sames "sédentarisés". Tromsø est aussi surnommée "le petit Paris du Nord", et de ce que j'en ai vu, c'est encore mieux que Paris. Ce qui est difficile à appréhender, c'est le côté "loin du reste du monde". Mon hôte à Tromsø m'avait timidement demandé s'il pouvait voir mes photos prises à Oslo. Je ne comprenais pas pourquoi: il avait 30 ans, et la dernière fois qu'il était allé à la capitale, il en avait 10. Il m'a expliqué que la capitale de son propre pays lui paraissait le "bout du monde", qu'il n'avait jamais pris le train de sa vie (les voies ferrées s'arrêtent bien avant Tromsø) et qu'il était plus près de la Russie (en bateau) que d'Oslo. 

Svolvaer vu du pont, Norvège

Tu es aussi allée en Islande, une destination de rêve pour beaucoup. Peux-tu nous en dire plus ?

Déjà, c'est une destination qui ne ressemble à aucune autre. C'est tellement un concentré de paysages incroyables qu'on ne s'attend même pas à un tel dépaysement. La nature est à l'état brut, avec une cohabitation des éléments (volcans actifs, glaciers, mer...) où le "juste milieu" n'a pas sa place. C'est à peine si l'homme y a une place d'ailleurs. Une fois qu'on rajoute le climat si changeant et si "violent", c'est forcément une expérience intense... J'ai rencontré pas mal de voyageurs "drogués", qui y sont retournés 6 ou 7 fois, et qui ne s'en lassent toujours pas. La palette de couleurs des paysages en fait une destination particulière pour les photographes aussi. Pour mon voyage, à la base je pensais faire juste le sud en 15 jours. Une fois sur place, j'ai pris 5 semaines pour faire le tour complet. Et ce n'était pas suffisant ! Le jour où je serai physiquement prête, je voudrais faire la traversée du Landmadalaugar, dans les Hautes terres, au centre de l'île.

Un Iceberg en Islande

Comment s'est passé ta rencontre avec les locaux ?

Dans le Nord, fin septembre, j'ai voulu aller payer mon emplacement de camping mais le gérant de l'office de tourisme a refusé de prendre mes billets car il ne me croyait pas que j'avais un duvet suffisamment chaud pour résister au froid. Au final j'ai fini dans sa chambre d'amis, j'y suis restée 4 jours car il n'y avait pas de bus et que je suis nulle pour faire du stop (pas assez de voitures, et surtout pas assez de patience). La ferme équestre du coin m'a même "recrutée" pour la transhumance des moutons. Grâce à son entêtement lors de notre première rencontre, j'ai donc eu la chance de participer à un "rettir". Ce rassemblement de moutons s'apparente à une transhumance, il faut aller chercher les bêtes dans la montagne, traditionnellement à cheval, de plus en plus en quad sinon. 

Bruts comme leur nature, quand ils se dérident ils ont un humour féroce. Ils sont aussi très solidaires. Dans le Nord-ouest (ma région préférée du pays), les "voisins" (c'est-à-dire la ferme de 15 000 hectares de l'autre côté du fjord, minimum à 80 km...) vont faire les courses à tour de rôle à la capitale. 400 km à l'aller et au retour, soit une journée entière consacrée aux courses tous les 15 jours, chacun son tour ! Ils sont aussi têtus, mais le font "pour le bien". Ils construisent leur maison avec leurs petites mains, s'émerveillent des "jeunes" volcans nés de la dernière éruption. J'ai apprécié leur sens critique sur eux-mêmes: "Pourquoi vous nous prenez en exemple avec la crise ? Oui, on a mis les banquiers et certains dirigeants politiques au tribunal… mais ce que vous ne voyez pas, c'est que depuis personne ou presque n'a été condamné !" Ce recul et cette "humilité" m'ont impressionnée.

Vik, ciel après l'orage, Islande

Peux tu nous parler de ton nouveau projet "Cercle Polaire Arctique 2013/2014" ? As-tu aussi d'autres voyages en tête ?  

D'autres voyages en tête, oui plein, je voudrais aller en Mongolie et passer du temps avec des éleveurs de chevaux. Le choix est difficile, il y a tant de trucs à voir, à vivre ! 


Mais pour l'instant, j'ai un projet, a priori pour septembre. Celui de partir un an et de plus ou moins longer le cercle polaire arctique. Je voudrais passer l'hiver en Islande et vivre la nuit polaire de A à Z. Ensuite passer par le Groenland quelques semaines et rejoindre le Canada. Aller voir ce qui se fait dans le Yukon, certainement au printemps-été. Une fois sur place, ce serait trop dommage de ne pas traverser la frontière et voir l'Alaska. Ces étendues sauvages m'attirent, mais je sais que là commencera la partie "compliquée" du voyage, niveau logistique et notamment transports. Donc à voir sur place. Encore plus "compliquée", la traversée du détroit de Béring, que je n'ai pas envie de faire en avion. Si j'y arrive, j'irai me perdre au Kamtchatka (merci les nombreuses rencontres de blogueurs voyageurs, notamment Emmanuel et Cédric, qui me donnent de nouvelles envies à chaque fois). Après, pourquoi pas traverser la Sibérie et tant qu'à faire pas trop vite. Le rêve serait d’en faire un bout à cheval... Mais là ça tient un peu de l'utopie, j'en ai conscience. C'est immense et compliqué. J'ai aussi envie d'aller à Mourmansk, puis de rentrer tranquillement en faisant le nord de la Finlande, de la Suède et de la Norvège. Pourquoi pas par la mer de Barents. Un détour par le Svalbard, l'archipel tout au nord de la Norvège n'est pas exclu, mais je pense que mon budget ne me le permettra pas... 


Donc l'idée d'un "tour du monde en suivant le cercle polaire" me tente énormément, mais aucun objectif n'est fixé, on verra en route. L'idée est de faire du volontariat ici et là pour m'immerger autant que possible, apprendre plein de nouveaux boulots et comprendre mieux les gens en travaillant à leurs côtés.


Plus tard, dans les destinations pas du tout nordiques qui me font rêver, le Mexique, la Namibie et le Sri Lanka. Quand l'âge m'aura rendu frileuse ! Et tout le reste, je connais très mal l'Europe, je ne suis jamais allée en Ecosse, ni même en Italie. J'ai un pari avec une amie d'origine marocaine aussi, et la Turquie me tente depuis que j'ai rencontré une Turque expatriée en... Norvège !" 


Un grand merci à elle d'avoir pris le temps et de nous raconter ses expériences plus qu'intéressantes !



Toutes les photos proviennent du site de Sophie: http://ausuddupolenord.com/ 
Le site d'Emmanuel: http://www.journauxdevoyages.com/
Le site de Cédric: http://www.voyage-yukon.net/blog/

A bientôt, 

Léon ! 

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