Un petit partage?

lundi 23 septembre 2013

Interview de Corto Fajal, réalisateur engagé.

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Hej alla, 

J'ai l'honneur de proposer aujourd'hui une petite inverview de Corto Fajal, réalisateur engagé et proche de la nature. On en a profité pour orienter cette interview vers la Laponie, les Sames et son dernier film "Jon face aux vents" qui sera diffusé sur Arte le samedi 28 septembre en début d'après-midi. C'est parti!
Une image magnifique pour poser le décor! 

Bonjour Corto, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mon parcours est assez éclectique, mais son dénominateur commun est la démarche autodidacte. Je marche au coup de cœur et à la promesse de relations humaines: c'est le carburant qui me permet de déplacer des montagnes. Après avoir beaucoup travaillé dans l'animation puis dans l'organisation événementielle, je suis parti parcourir les contrées sauvages de la planète. J'ai tout d'abord suivi et filmé des expéditions sportives, puis j'ai réalisé des films documentaires. 

Corto et son arme, la caméra 

Passionné du Nord, je souhaite parler de votre film « Jon face aux vents ». D'où vient l'idée de ce film ? Pourquoi l'avoir fait ? 

Comme tout ce que j'ai fait dans ma vie, l'histoire de ce film commence par une rencontre. Une rencontre avec des Sames et avec leur culture. Ils m'ont donné envie de passer du temps avec eux, pour comprendre leur mode de vie et surtout avoir le privilège de partager leur quotidien sur la durée. Le film est un bon prétexte pour exercer ce privilège: tout en étant étranger, j'acquiers une forme de légitimité à être parmi eux, même dans les moments les plus improbables. Les Sames sont pour moi une des plus belles rencontres dont je me souvienne. Il y a Jon, bien sûr, le personnage principal du film, mais également tous ceux de sa communauté avec qui j'ai tout partagé pendant cinq ans, des moments intenses. C'est un peuple nomade moderne, mais pour la plupart, ils n'ont pas oublié d'où ils viennent et restent profondément attachés à leur territoire et à l'exploitation de ses ressources d'une manière traditionnelle. La technologie est un outil au service d'un mode de vie rude, mais ils chassent, pêchent, bâtissent leur maison, se chauffent au bois. L'essentiel de ce qui les épanouit vient de la relation qu'ils ont conservé avec leur territoire. En ce sens, ce sont un peu des éclaireurs qui tracent une voie possible dont nos sociétés modernes pourraient s'inspirer au moment de retracer de nouveaux cadres relationnels avec la nature. 


Pouvez-vous nous raconter comment s'est déroulé le tournage et votre expérience en Laponie ? Quel est votre meilleur souvenir ? Quel est le pire ?

En fait, ce qui m'intéressait avant tout au-delà du film, c'est de partager leur vie et de ressentir l'exaltation de vivre au rythme de la nature tous les jours, ce que nos vies confortables ne proposent plus. Au final, on ne réalise pas la capacité d'adaptation qui est la notre: passer la journée dehors à -30°, attendre 4 jours dans une cabane de bois sans rien faire d'autre que dormir et manger jusqu'à ce que la tempête de neige se calme. Dès lors que l'on accepte ce rythme que la nature nous impose, une forme de sérénité nous envahit, un sentiment que j'aimerais tant retrouver dans nos vies trépidantes. J'ai vécu comme un Sami pendant mes séjours là bas. A tel point que l'on m'a plusieurs fois pris pour l'un d'eux. 

Je ne peux ni parler de meilleur souvenir, ni de pire. Il y a eu des moments intenses, les décrire tous serait fastidieux, ils m'appartiennent. Mais évidemment, il y a eu cet accident de bateau avec Jon lors de la traversée du lac en pleine tempête qui aurait pu se terminer de manière tragique, il y a eu ma panne de skidoo seul à -38° dans la forêt et où je dois la survie de mes doigts à la chaleur du moteur - qui me brûlera en fait au 3ème degré. Il y a eu aussi la catastrophe du lac qui craque sous les pas de 4000 rennes. Voilà une petite liste non exhaustive des événements qui ont jalonné mes séjours chez les Sames.

Aujourd’hui, les Sames et les rennes sont menacés en Laponie par des exploitations minières de plus en plus nombreuses. Vous savez ce qui se passe à Kallak, qu’en pensez-vous ? Que pouvons nous faire pour les aider ? 

Ce qui se passe en ce moment à Kallak m'affecte particulièrement, d'autant que c'est le lieu de pâturage d'hiver de Jon et nous y avons passé beaucoup de temps à tourner autour des rennes, ou profiter du soleil de printemps autour d'un feu dans la neige. En même temps, cela ne me surprend pas. C'est dans la triste logique de la dynamique que la dictature économique impose à notre monde. Ce sont les Samis ici, mais dans le même temps les Mapuches en Argentine vivent la même tragédie, les indiens Dogi également. La liste est longue... 

En ce qui concerne les Samis, c'est une forme d'oppression qui continue, leurs vallées ont déjà été inondées avec leurs villages au début du XXème pour développer l'activité hydro-électrique. Ils se sont battus, rien n'y a fait. Aujourd'hui c'est la mine. Les aider ? Concrètement je ne sais pas, on peut partager leur combat et le prolonger autour de nous, le diffuser et le faire savoir. Mais la démarche qui a le plus de chances d'aboutir à mes yeux est la démarche juridique. Une petite lueur d'espoir, les Dongria Konghs en Inde viennent de gagner contre la compagnie minière Vedanta après dix ans de bataille juridique: leur montagne sacrée ne sera pas éventrée. Il y a là une jurisprudence très intéressante ! 

Une belle photo feutrée des environs de Kallak 

Vous avez été sélectionné pour représenter la France à Umeå, capitale européenne de la culture 2016. Quelle est votre mission ? Que pensez vous pouvoir en retirer au niveau personnel ? 

On m'a effectivement demandé de représenter en France la ville d'Umeå, capitale européenne de la culture 2014. Je l'ai pris comme un honneur et une forme de reconnaissance du travail effectué là bas, de l'intérêt que j'y ai porté et de la sincérité du lien qui m'unit avec, si ce n'est la Suède toute entière, en tout cas un petit bout de son territoire, dont Umeå pourrait être la capitale. C'est un rôle assez modeste et représentatif en fait, qui trouvera son point culminant le 3 octobre prochain lors de l'inauguration de la manifestation à Paris en présence des officiels. Au niveau personnel, je n'en tire rien de plus que le plaisir de recroiser sur ma route la culture Sami et des gens qui m'ont aidé durant ces cinq années. 


Avez-vous d’autres projets futurs en rapport avec le grand Nord ? Lesquels ?

J'ai aimé le Grand Nord, mais ma cohérence et mon fil rouge ce n'est pas le grand Nord, ce sont les peuples autochtones et les sociétés traditionnelles en tant qu’éclaireurs et source d'inspiration de nos sociétés modernes. Le prochain film que je prépare se déroule donc sur une autre partie du globe, près de l'Equateur, sur une petite île de 3 km sur 4 où vivent depuis 3000 ans un peuple de 1 500 personnes. Pour l'anecdote, j'ai appris leur existence en lisant un livre durant une tempête de neige dans le Grand Nord, bloqué dans une cabane pendant plusieurs jours. Et lors de mon premier repérage sur cet île, je leur ai montré le film « Jon face aux vents » sur mon ordinateur: ils ont été impressionnés ! Ils avaient entendu parler de la glace et de la neige par des blancs de passage, mais ne savaient pas à quoi cela ressemblait. Pour en revenir au Grand Nord, j'ai gardé des relations étroites avec les gens là-bas, et il n'est pas impossible que j'y retourne avec un projet sans doute. De toute façon, pour bien vivre dans la durée parmi des gens et une culture qui n'est pas la notre, il faut une légitimité. Y aller en touriste ne m’intéresse pas, on finit par gêner ! 

La bande annonce du film ici :


Les photos proviennent de la page Facebook du film

Alors, qu'en pensez vous ? Plutôt dépaysant et intéressant non ? 

A bientôt, 

Léon.

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