Un petit partage?

lundi 2 juin 2014

Jokkmokk, à pleines dents je te croque !

1 commentaire :
 
Tjena, 

Jokkmokk est un endroit dont j'ai beaucoup entendu parler durant les derniers mois, autant pour ce qui s'est passé à Kallak-Gallok que pour le très célèbre marché hivernale de la ville ayant lieu tous les ans le premier jeudi de février. Mais Jokkmokk, finalement, c'était avant tout un endroit où je n'avais encore jamais eu la chance de mettre les pieds. C'est désormais chose faite et voici le récit de mon aventure dans cette ville qui m'a beaucoup touché. Bienvenue donc dans la ville de Jokkmokk, là où deux cultures s'entrechoquent !


A Jokkmokk, même si la ville n'est pas très grande, il y a beaucoup de sites d'intérêts, notamment pour ceux attirés par l'histoire et la culture Same. En m'y promenant, je ressens d'ailleurs ici l'influence Same bien plus que dans les autres villes du Nord de la Suède visitées jusque là. Il y a tout d'abord le "Ajtte Museum", sans doute le musée le plus complet en Suède sur l'histoire du peuple Sami qui m'aide à développer ce ressenti. Les différentes expositions mettent en avant des histoires sur la relation des sames avec la nature et des histoires de vie et de survie à travers des territoires contraignants, des marécages, des forêts et des montagnes arctiques. J'y passe beaucoup de temps et je me pose beaucoup de questions sur ces gens, sur leurs traditions et modes de vie et aussi indirectement sur moi: aurais-je été capable de vivre de cette manière, aurais-je voulu vivre de cette manière, ou n'aurais-je tout simplement pas eu le choix? 


Plus tard, je jette aussi un coup d’œil au centre d'artisanat Sami -Duodji- et une fois de plus, j'apprends beaucoup de choses sur des traditions différentes des miennes. On peut y voir des vêtements, des outils ou des accessoires typiques et les produits sont tous fabriqués dans la région et de manière traditionnelle. Les bois du renne, sa peau, ses os ainsi que des racines sont les éléments de base de l'artisanat Sami et les couleurs principales sont le bleu, le rouge, le vert et le jaune. Certaines pièces sont vraiment remarquables et en plus d'être des ustensiles très fiables, ce sont aussi des œuvres d'art à part entière. Après avoir visité le centre en long, en large et en travers, je décide de continuer ma visite de la ville et je tombe notamment sur une des rares écoles sames du pays. J'aimerais être une petite souris pour voir comment cela se passe à l'intérieur et entendre les enfants parler leur langue traditionnelle.


Un peu plus tard, je me retrouve aussi devant une très belle petite église rouge datant de 1753 qui mérite le coup d’œil rien que d'un point de vue architectural. Elle est située non loin d'un lac et est entourée d'un petit muret et d'un clocher lui aussi en bois rouge et situé à même le sol. 


Et puis, à Jokkmokk, pas besoin non plus d'aller loin pour se retrouver dans des endroits plus sauvages. Je ne parle pas forcément des mythiques parcs du Sarek ou de Muddus qui se situent dans l'arrière-pays mais rien que dans les environs de la ville, il est possible de vraiment voir du pays et d'en prendre plein la vue. Ainsi, c'est aussi dans cette optique-là que je décide d'aller faire un petit tour dans les alentours. Même si il y a encore beaucoup de neige par endroit, je décide de prendre un petit sentier m'emmenant rapidement sur de petites planches le long d'une rivière. L'accès n'est pas facile puisque certains endroits sont encore fortement glacés. Il n'est pas facile de rester sur les planches et je tombe plusieurs fois. J'ai du mal à avancer et j'hésite à faire demi-tour mais le paysage, sublime et unique me pousse à continuer. Je remonte doucement le cours d'eau dans la forêt et j'entends de temps à autres des chiens aboyer au loin. Du coup, je m'imagine un peu naïvement qu'il pourrait y avoir a des éleveurs de rennes dans le coin. 


Mon intuition ne se trompera pas et quelques minutes plus tard, je tombe sur des rennes de l'autre côté de la rivière. Je suis totalement sous le charme. Ils me regardent, me suivent doucement et ne sont qu'à quelques mètres de moi. Je suis émerveillé, j'observe les animaux, je dis bonjour à un éleveur sur place qui semble essayer de réparer une vieille motoneige, je profite de ce cadre rare et précieux. Ce serait mentir de dire que je ne suis pas insensible à la beauté du moment.


Malgré tout, je ne souhaite pas non plus déranger et je ne veux pas me faire remarquer plus que cela étant donné la raison de ma présence dans la ville. Même si le chemin peut devenir très difficile et que je dois parfois marcher à même l'eau gelé ou dans plusieurs centimètres de neige, je continue cette promenade qui devient de plus en plus sportive. Je traverse aussi des petits ponts en bois et je vois encore beaucoup de traces de rennes sur le sol.


J'arrive plus tard autour d'une cascade et d'un immense lac. Il n'y avait déjà pas grand monde avant, maintenant il n'y a clairement plus personne autour de moi. Le ciel se couvre et je décide de retourner vers la ville en tentant tout de même un chemin différent. Après quelques minutes de marche et de doute, ne sachant pas vraiment où le sentier me mène, je tombe sur plusieurs cabanes en bois et d'autres éleveurs de rennes. Je suis un peu gêné d'être sur leurs terres et je ne veux pas m'imposer mais malgré tout, je leur demande mon chemin et je discute quelques instants avec eux. Ils me parlent de l'hiver qui se termine doucement et qui a été plutôt dur pour eux, mais aussi des problèmes qu'ils doivent affronter de nos jours. J'écoute attentivement et je suis profondément touché par ce qu'ils me disent, moi petit inconnu de passage.


Malheureusement, cette discussion ne pourra continuer puisque plusieurs d'entres eux s’apprêtent en fait à repartir pour quelques jours dans la montagne auprès des rennes. Au fond de moi, je n'ai qu'une envie, celle de les suivre et d'expérimenter un mode de vie semi-nomade mais le destin en décidera autrement. En fin de journée, après avoir encore pas mal vagabondé et après aussi être retombé sur mes pas, je suis tranquillement au bord d'un petit lac et je profite de la luminosité exceptionelle du moment. Le soleil nordique se reflète sur la glace encore gelée et me réchauffe agréablement le visage. Je me souviens avoir incroyablement faim et les pieds complètement trempés. A vrai dire, je m'en moque clairement. Je suis complètement épuisé mais malgré tout, je suis là à profiter du moment et à sourire bêtement en pensant à ces rencontres inattendues, en pensant aussi à là où je suis, ce que je fais, ce que je vis, ce que je vois. 


Le lendemain, après avoir donc vécu des moments très agréables à Jokkmokk et dans ses environs, je dois reprendre la route direction Arjeplog, mais je ne le fais pas de n'importe quelle manière puisque mon chauffeur n'est autre que le Président du Parlement Sami de Suède, un homme profondément humble et intéressant avec qui j'ai beaucoup échangé. Du coup, même si je n'avais pas forcément envie de quitter Jokkmokk, je me dis que j'ai encore beaucoup d'autres endroits à découvrir dans les jours qui vont suivre. To be continued... 



Jokkmokk, tu ne m'as clairement pas déçu. Jokkmokk, j'espère au moins que c'était réciproque ! 

A bientôt, 

Léon 

1 commentaire :

  1. Ah je le connais se sourire bête le regard agard quand il se passe quelque chose d'inattendu :D
    Et je ne crois pas qu'ils te reprocheront d'être sur "leur terre" puisqu'ils n'ont pas se sentiment que la terre appartient à quelqu'un

    RépondreSupprimer

 
© 2012. Design by Main-Blogger - Blogger Template and Blogging Stuff