Un petit partage?

mardi 4 novembre 2014

Interview de Lucas, jeune français étant allé voir le bus d'Into The Wild

5 commentaires :
 
Hej hej!

Il y a quelques mois, j'avais entendu parler d'un drôle de projet en rapport avec le Canada et l'Alaska. Un projet unique. Le genre qui demande du courage et de la volonté. Beaucoup. Tellement que quand je discutais avec la personne derrière tout ça, Lucas, j'avoue avoir eu quelques doutes sur la faisabilité de ce voyage. Lui, il voulait juste aller voir le bus du film "Into The Wild" en Alaska mais moi, pour être honnête, j'étais perplexe. Impressionné aussi. A mon plus grand plaisir, il l'a fait et m'a prouvé que j'avais tort de m'inquiéter. Pour lui rendre hommage et aussi lui prouver que je suis beau joueur, voici aujourd'hui une interview inédite de ce jeune aventurier à l'âme de plus en plus givrée

© Projet "Into The Wild" 2014 

Salut Lucas, peux-tu brièvement te présenter? 

Bonjour à tous, je m'appelle Lucas et j'ai 22 ans. J'ai habité pendant 20 ans à Avignon, puis un an à Lille et je suis maintenant sur Montpellier. J'ai voyagé du 06 Juin au 06 Août 2014 au Canada et en Alaska avec Anne-Elvire et Laure.

© Projet "Into The Wild" 2014 

D'où provient l'idée de faire ce voyage, notamment de rejoindre le célèbre bus du film "Into the wild"?

En fait, je n'ai pas toujours eu envie de voyager. Il y a 2 ans, si vous m'aviez dit que j'allais partir en Alaska, je ne vous aurais certainement pas cru. Mais ensuite, c'était comme un déclic, une soudaine envie de profiter de la vie. Le film "Into The Wild" m'a poussé dans cette direction et m'a motivé dans mes choix. Je ne respecte pas Christopher (le héros du film) pour sa personne, mais pour sa vision des choses et pour l'idée qu'il dégage. Ainsi, je ne suis pas parti pour suivre ses traces mais pour m'évader de la société, voir les contrées les plus sauvages de la planète, là où la nature dépasse de loin l'Homme. 
 © Projet "Into The Wild" 2014 

Comment t'es-tu préparé pour un tel périple? 

J'ai mis 6 mois à préparer mon voyage, en partant de rien. Je me suis renseigné sur internet, sur des forums, des sites divers, j'ai vu beaucoup de vidéos, lu beaucoup d'articles, etc. J'ai rencontré des personnes qui m'ont donné énormément de conseils sur l'équipement à avoir et aussi comment s'en servir. J'ai aussi fait un stage de "survie" dans le Jura pour avoir une première approche. Le plus important dans un tel voyage, c'est vrai, c'est la préparation. 

© Projet "Into The Wild" 2014 

Quel a été ton itinéraire? Était-il fixe ou a-t-il évolué en cours de route?

J'avais préparé un itinéraire avant de partir, retenu la carte dans ma tête avec toutes les villes, les stations essences, etc, mais il a été très difficile de le suivre à la lettre pendant deux mois. Beaucoup de choses se sont rajoutées à l'itinéraire initialement prévu. C'est fou la distance que l'on peut parcourir en deux mois: nous avons fait 300km en canoë, 600km de marche et plus de 2000km en stop. Whitehorse, Carmacks, Haines Junction, Kluane N.park, Tok, Delta Junction, Paxson, Denali hwy, Cantwell, Denali N.Park, Healy, Faribanks, Arctic circle, Chicken, Anchorage, Seward et j'en passe. Nous n'avons malheureusement pas pu aller à Dawson, la route pour y aller était si déserte que même au bout d'une journée et demi de stop, nous n'avons trouvé personne pour nous y emmener.

© Projet "Into The Wild" 2014 

Et alors, as-tu vu des ours? Comment cela s'est-il passé avec eux? 

J'ai pu voir 12 ours noirs et grizzlis en deux mois. Certains de loin, d'autres de plus près. Parfois, nous étions en voiture, sur les routes, parfois à pied. Nous avons eu une formation spéciale par les Rangers des parcs nationaux du Canada sur le comportement à adopter face à un ours, mais quand vous vous retrouvez à moins de 30 mètres d'un grizzly qui vous regarde debout sur ses deux pattes en se demandant si vous êtes une menace ou non, je vous assure que personne ne fait le malin. Les ours sont des bêtes magnifiques, très intelligentes et de nature pacifiste. Il faut les respecter et rien n'arrivera, sauf exception. Quoi qu'il en soit, une rencontre avec un ours en liberté nous donne une grande leçon d'humilité car au final, nous sommes loin d'être les plus forts sur cette planète. Si quelqu'un à d'ailleurs une question concernant les ours noirs ou grizzly, je serais ravi d'y répondre. 

© Projet "Into The Wild" 2014 

Quels sont les meilleurs moments de ton voyage?

Il est difficile de dire quel moment j'ai préféré, car le voyage en lui même était magnifique, mais il est vrai que je garde quelques moments plus forts que d'autres en tête. Par exemple, sur la Denali hwy, après 8h de marche, nous avions installé la tente, et il y avait une petite montagne en gravier. Je suis monté en haut et ce que j'y ai découvert m'a coupé le souffle: un paysage magnifique, une forêt à perte de vue, des montagnes enneigées au loin, sublimes. Je suis resté assis ici plusieurs heures, je ne m'étais jamais senti aussi libre et vivant. La même chose s'est produite à l'Arctic Circle: un paysage tellement puissant, tellement pur. Et malgré le vent glacial du Nord, je suis resté là plusieurs heures à contempler le paysage. Notre monde est si beau. Il y a aussi un autre souvenir que je souhaite partager: le silence que j'ai pu "écouter" en plein milieu d'un lac immense au Canada en canoë, un silence si puissant que j'entendais mon cœur battre, c'était magnifique.

© Projet "Into The Wild" 2014 

Et du coup, question inverse, quels étaient les moments les plus difficiles?

Tout n'était pas toujours rose, c'est vrai. Nous avons eu droit à pas mal de jours de pluie, et il n'y a rien de pire que la pluie quand on est à pied. Trois jours et trois nuits de pluie d'affilé, absolument tout de trempé, impossible de faire un feu donc impossible de manger, ni même de dormir, car les duvets sont trempés. L'eau rentre dans la tente, le froid s'installe doucement, bref, le pied! C'était un moment assez difficile mentalement, mais j'en garde un bon souvenir aujourd'hui. J'en rigole même parfois. Le sentier pour aller voir le bus (la Stampeade road) est coupé par deux grosses rivières avec un courant très puissant, la pluie à fait exagérément monter le niveau des rivières, qui sont devenues infranchissables à pied. Nous avons eu la chance de se faire prêter un vieux raft en fin de vie sans pagaie pour traverser. Mais ce cadeau était à double tranchant. Même si il nous a permis d'aller voir le bus, il nous à lâché en plein milieu de la rivière au retour. Par chance, personne n'est tombé à l'eau, car avec ce courant, les chances de survie étaient assez faibles. Ce jour-là, nous avons eu beaucoup de chance. Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. Je suis content d'être allé voir le bus, mais je ne recommencerai jamais.

© Projet "Into The Wild" 2014 

Au final, que recherchais-tu en voyageant de la sorte? Qu'as tu appris de cette expérience? 

Faire ce voyage m'a apporté beaucoup plus que ce que je pensais. C'était un de mes rêves, une expérience unique que je recommande à tout le monde. J'ai vu ce que le monde a de plus beau à offrir, j'ai appris a respecter la nature et les animaux en vivant parmi eux, à me contenter de ce que j'ai et à être heureux tout simplement. Là-bas, quand vous n'avez pas vu la moindre parcelle de civilisation depuis une semaine, n'importe quoi peut vous rendre heureux, une simple table, un sol plat où poser la tente, même un gros morceau de bois sec pour faire un bon feu. Pour moi, c'est ça le bonheur. Ce voyage m'a vraiment fait grandir. 

© Projet "Into The Wild" 2014 

Après une telle expérience, j'imagine que tu rêves de repartir, non? Quel est ton prochain objectif? 

Partir en Alaska à confirmé ce que je pensais: je suis attiré par les pays du Nord, par le froid, l'Arctic Circle a d'ailleurs été mon plus beau souvenir. J'avais envie d'aller encore plus haut, là où les ours passent du marron au blanc, là où le paysage change complètement, là où tout est pur. Je prépare ma première expédition polaire en Hiver 2016, une traversée de l'Islande du Sud au Nord en pulka. Pas d'ours là bas, mais chaque chose en son temps. 

© Projet "Into The Wild" 2014 

Enfin, as-tu quelque chose à rajouter?

Si je devais rajouter quelque chose je dirais au monde entier de lever les yeux, de regarder le ciel, le soleil, les arbres et de se dire que cela n'est pas éternel. Nous n'avons qu'une seule vie, vivez la! Partez, réalisez vos rêves, tout est possible, ne dites plus "j'aimerais le faire" mais dites "je vais le faire". Car après, il sera trop tard !

© Projet "Into The Wild" 2014 

Aller plus loin: La page Facebook "Projet Into The Wild". 

Alors, qu'en pensez-vous? Auriez-vous eu le courage de Lucas et de ses compères de voyage? 

A bientôt, 

Léon 

5 commentaires :

  1. Absolument passionnant cette aventure !! Bravo à ce petit groupe :)
    Schuldi

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  2. Moi j'ai une question sur les ours: qu'as-tu appris concrètement dans ta formation avec les rangers?

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  3. C'est une formation de base sur le comportement des ours noirs et bruns.
    Ils nous apprennent comment réagir pour chaque type de rencontres.
    L'ours est un animal très intelligent et de nature pacifiste, la plupart des attaques sont dues au mauvais comportement de l'humain et non à l'ours en lui même.

    Quelques règles : Pour éviter les rencontres la nuit, avant tout, vérifiez s'il n'y a pas de d'empreintes dans les environs, d'excréments ou d'herbe tassé signalant un passage fréquent d'animaux. Ne pas camper au bord d'une rivière. Ensuite il faut établir un campement "en triangle", d'un côté l'emplacement de la tente (aucune nourriture ni objets à forte odeur), d'un autre côté les sacs (si possible accrochés à 5m du sol entre deux arbres), et enfin au dernier côté l'endroit ou l'on mange, tout en faisant attention au sens du vent (l'odeur ne doit pas se répandre vers la tente). Tous les côtés à 50m de distance.
    En appliquant ça tous les soirs nous n'avons jamais eu de problème.

    Si un bruit suspect vous réveille dans la nuit, les avis des Rangers sont partagés.
    Le mieux est de ne pas faire de bruit tant que l'animal reste à quelque mettre, il va très probablement partir. S'il renifle votre tente ou qu'il est tout près, signalez simplement votre présence, trouvez le courage de sortir doucement de la tente et d'agiter les bras. Un orignal est passé à quelques mètres de la tente une nuit, croyez moi, c'est stressant !

    L'ours à plusieurs types de comportements. Dans la plupart des cas, il se lève sur ses pattes pour vous identifier, ne vous laissez pas impressionner (même si ça l'est), il faut lui parler tout en levant les bras (l'ours voit mal et il croira donc que vous êtes plus imposant que lui) et en reculant doucement, sans lui tourner le dos.
    S'il vous suit, montrez vous plus imposant en faisant du bruit (parlez fort, tapez avec un bâton, etc).
    S'il est a quelques mètres de vous, utilisez le BearSpray, criez.
    Si rien ne le fait reculer et que la rencontre est inévitable, à quelques centimètres de vous, faites le mort, jetez vous sur le ventre les mains protégeant votre nuque (le sac à dos est un plus car il vous protègera).

    Dans le cas d'une charge, deux types : Charge offensive et défensive, 90% du temps elle est de type défensive, d'intimidation, il cherche à vous impressionner : Ne bougez pas, il s'arrêtera dans sa course et fera demi tour, ne jamais courir ! Une fois arrêté, allez vous en doucement.
    Ne jamais rester au même endroit après une rencontre (faites un grand détour), car vous êtes sur son territoire et la prochaine rencontre avec le même ours sera peut-être mortelle. Ce cas est déjà arrivé dans le Denali National Park en Alaska.

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  4. Si c'est une charge offensive, criez le plus fort possible, préparez vous à l'affronter, défendez votre vie ! (Ce genre d'attaque est très rare).
    Un ours peut courir jusqu'à 60kmh, fuir ne servira à rien à moins d'avoir un abris tout proche. L'ours grimpe aussi aux arbres.

    Si un ours claque des dents ou bave, c'est qu'il est stressé, il ne sait pas quoi faire, c'est à vous de le calmer.
    Si il marche doucement vers vous la tête baissé les yeux grand ouverts, vous êtes une proie pour lui, défendez vous. (Encore une fois ce cas est extrêmement rare)

    Pour moi, le mieux est d'anticiper une rencontre soudaine. Il suffit de signaler en permanence sa présence, un simple Hého en criant, ou Hey Bear, bref n'importe quoi, le but étant de signaler l'ours de votre présence, et il pourra alors partir tranquillement. Ceci est valable pour tous les animaux (si vous comptez apercevoir des animaux sauvages, je ne vous conseille pas ça haha).

    Il ne faut JAMAIS donner de la nourriture à un ours, sauf en cas d'extrême nécessité car il ne faut pas l'habituer à recevoir de la nourriture facilement d'un humain, sinon il recommencera sur d'autres randonneurs, et c'est là que les drames arrivent. On peut voir certains ours habitués venir carrément en ville fouiller dans les poubelles. Dans les parcs nationaux au Canada et en Alaska, ils fournissent des bidons en plastique à l'épreuve des ours (c'est obligatoire) pour ranger la nourriture dedans la nuit.

    Je pense vous avoir dit le plus important, j'ai peut être oublié quelques détails je m'en excuse d'avance (:

    Bonne soirée !

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  5. C'est une superbe aventure que tu as pu vivre, et je te comprends sur la préparation ! On ne part pas comme ça du jour au lendemain en Alaska ! Et bravo pour ta formation avec les rangers !

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